De quoi rêvons-nous ?

Quand je suis sortie du lycée, j’idéalisais la vie, je pensais que la vie étudiante me ferait entrer dans le monde des grands. Dans mes magazines de jeune fille, à la télé, dans les films, les années fac étaient belles, insouciantes, pleine d’aventures, j’aurais eu des petits copains en pagaille, j’aurais eu des amies avec lesquelles je serais allée en soirée jusqu’au bout de la nuit et on aurait gardé une amitié forte jusqu’à la fin de nos jours… J’allais faire des études passionnantes, trouver un boulot dans lequel je me serais sentie reconnue, j’allais finalement avoir une vraie vie de femme, finies les discussions sans intérêt, à moi les joies du dialogue sérieux et épanouissant… Aaaaah oui, ça aurait pu être tellement génial… J’avais adoré mes années lycée mais j’avais tellement hâte de mettre en pratique mes rêves d’émancipation, mon propre petit studio, ma vie de noctambule, les fêtes, les fous rires, la vie donc. J’ai eu mon appart à la périphérie de Lille, j’ai eu mon émancipation et quelle joie les premiers instants ! Je pouvais dormir à l’heure que je voulais, je pouvais mettre la musique à fond (merci les voisins jeunes et conciliants), je sortais de mon cocon et j’allais prendre mon envol. Et je suis vite redescendue de mon nuage rose et pailleté…

Pourquoi, quand on passe du stade adolescent rebelle à adulte mature, on se prend autant de merde dans la gueule ? On passe d’un état d’euphorie total à une grosse gueule de bois. Ou alors je suis toute seule dans ce cas et je vais vous paraître chiante à souhait… Toujours est-il que les gens ne rêvent plus de la même manière. Ils n’ont plus les mêmes attentes de la vie, à croire qu’elle est merdique (bon c’est le cas mais on va dire qu’elle est encore belle). Je le vois autour de moi, je le sens quand je jette un œil torve sur les infos, les gens ne sont plus heureux et j’en ai marre de voir dans mon Cosmo du mois que la vie est méga classe, qu’on passe son temps entre son mec, son taf, ses copines et les fêtes en tout genre… J’ai beau adorer ce magazine, des fois je me dis qu’ils feraient mieux de sortir de leur lit et arrêter de rêver… La vie c’est pas « je suis belle, je suis célibataire/avec un mec totalement accro et génial, un taf prenant mais épanouissant, des fêtes de partout, un tas d’amies serviables avec qui je m’enfile des tequilas frappées à 19h… » Non non non… Si vous voulez mon avis, la vie c’est plutôt :

« Je bosse 10h par jour pour des clopinettes [ou] je fais des études éternisantes qui, de toute façon, ne débouchent sur aucun job stable ; je suis plutôt jolie mais célibataire parce que les mecs préfèrent les Barbies écervelées et puis de toute manière j’ai pas envie de me mettre avec un con qui ne cherchera jamais à me comprendre totalement ; j’ai pas vraiment d’amis, j’ai pas le temps vu que je bosse/étudie à plein temps ; je ne sors pas parce que j’ai pas 30 euros à mettre dans un cocktail alcoolisé qui me fera vomir mes escarpins vernis par le nez, à 2h du mat, sur le quai du dernier métro ; au pire, je serais tellement alcoolisée et déprimée que je rentrerais avec un mec ignare mais mignon parce que j’en ai marre de passer mes soirées seule et d’entendre toutes mes collègues parler de leurs histoires de cul à la machine à café, c’est à mon tour de les émoustiller en idéalisant la nuit que j’aurais passée avec l’autre trouduc qui, en fait, se sera endormi après un missionnaire à la papa torché en 5 min chrono tout en confondant clitoris et nombril ; et puis en fin de semaine, j’appellerais ma seule véritable amie pour enfin lui raconter que je suis au bord de la dépression depuis plusieurs mois mais je me rétracterais au dernier moment quand elle pleurera sur son connard d’ex qui vient de la plaquer alors que ça faisait des semaines que je lui avais dit qu’il était infidèle et ça sera reparti pour une nouvelle semaine de merde… J’ouvrirais mon Cosmo, je me rêverais une vie, en piochant dans celles racontées, je tomberais des nues en voyant mon salaire et en regardant mon portable qui ne sonne jamais. Je penserais à aller voir un psy pour savoir ce qui ne va pas mais le fait que je n’ai pas payé mes factures d’EDF depuis 3 mois m’incitera à ne pas foutre 40 euros dans une consultation chiante où on me demandera si j’ai pas des problèmes avec mon père… »

Est-ce qu’on raconte ça dans Cosmo ou dans Marie-Paule ? Nan, bien-sur, ça fait pas vendre Oo Vous préférez voir (je parle aux filles là) des histoires de parisiennes bobos qui claquent leur salaire de directrice de communication dans des Manolo Blahnik ou des histoires de jeunes provinciales comme nous qui se galèrent le fion pour payer le loyer, les pâtes et la litière du chat ? Moi aussi je préfère l’histoire de la poufiasse parisienne, au moins, j’ai une vie par procuration…

De quoi je rêve ? De rien… Je n’attends plus rien de cette vie, parce qu’elle m’a déçue. On fait croire aux enfants qu’ils auront le droit de faire ci ou de faire ça quand ils seront grands et quand l’enfant devient adulte, il n’a plus aucun rêve, il sait déjà qu’il ne pourra pas être astronaute à cause de ses pieds plats, qu’il ne pourra pas faire chanteur parce qu’il n’a pas le physique d’un Ken sous Xanax, il n’a pas envie de faire des enfants pour ne pas avoir à leur mentir durant leur jeunesse à coup de « Tu peux le faire ! Tout est possible ! Quand on veut, on peut !« . Quand j’ai eu mon bac, avec mes amies, on s’est promis de se revoir, de toujours rester en contact, bien-sur on allait être séparées, éparpillées dans différentes fac, prépa ou école, mais dans le joli rêve collectif que l’on s’était créé, on croyait dur comme fer à la promesse de ne jamais arrêter de s’adorer… Et ma meilleure amie m’a piqué mon mec, une autre a fait foirer volontairement mon couple… Et j’ai perdu foi, foi en tout ce que je croyais. Adieu mes rêves insouciants, adieu mes envies d’avoir un groupe d’amis soudés, à quoi bon ? Pour ne jamais pouvoir leur faire confiance ? Pour me faire voler mon mec par jalousie mal placée ? Non, j’ai perdu la force de continuer à y croire, le passage à l’âge adule a fait voler en éclat toute la vie que j’avais construite avant.

On fait sa vie d’adolescent, on vit des trucs passionnants, on croit que la vie ne peut pas être plus horrible que le jour où Paul nous a mis un vent en pleine face avant de rouler une pelle énorme à Josette, notre meilleure amie, qui n’a pas eu une once de regrets en partant avec lui, bref la vie est belle, on peut encore croire à plein de trucs, rien n’est là pour nous mettre la réalité en face « NAN NAN tu peux pas ! » Et puis arrive le jour où on est bien obligé de sortir du monde des bisounours et c’est de là que viennent généralement les emmerdes.

« Vous avez vu le nombre de jeunes qui se suicident ? C’est alarmant tout de même ! Ils ont toute la vie devant eux et pourtant… » Hé ouais Mamie, bienvenue dans le monde rigolo des égarés de la vie. Pourquoi les jeunes se suicident ? Regardez la vie qu’ils ont aujourd’hui, pas d’ancre, pas d’argent, pas de job, pas d’avenir, plus de rêves… Alors on vous montrera toujours les plus heureux, dans les reportages, dans les films/séries, dans les magazines. On ne vous montrera jamais le jeune laissé tout seul, sans famille, loin de tous ses repères, obligé de faire des choses qu’on ne lui a jamais apprises (pardon mais qu’un jeune qui sache remplir parfaitement une déclaration d’impôts et qui ne fasse pas des études pour être comptable, me jette la première licorne), et après y a Maman qui s’inquiète « tu manges assez mon lapin ? t’as l’air tout pâle« , le jeune ne dira rien, il a serré sur le budget bouffe pour se payer un tant soit peu de vie sociale, sans aucun résultat bien entendu puisque dans le beau monde des jeunes, si t’as pas de thunes, t’es un paria, une sorte de virus, on s’approche pas de toi, à moins que tu aies le dernier jean ou iPod à la mode et là tu deviens le pote de tout le monde.

Oui, j’ai détesté mes années fac, mes amies se sont éloignées, j’ai détesté mes études, les autres élèves étaient des bobos infâmes qui m’ont bien fait comprendre que, venant d’une petite ville, je n’étais pas assez bien pour eux, pas de bonjour, pas d’invitations à leur fête hebdomadaire, une vie solitaire dans mon appart, mes weekends à la maison étaient bien les seuls moments où je retrouvais la tranquillité de mes années lycée. Mes sorties du samedi avec ma meilleure amie me faisaient du bien, j’échappais un peu à ma solitude de la semaine, on riait, la vie reprenait des couleurs, je me sentais bien. Et puis, comme si ma vie pourrie d’étudiante ne suffisait pas, j’ai perdu deux de mes meilleures amies… Dois-je vous rappeler les raisons que j’ai déjà évoquées ? Ça a été le tournant de ma vie, moi qui m’accrochait encore comme une folle à des envies de lendemains plus joyeux, je me suis retrouvée encore plus seule, je ne pensais pas ça possible et pourtant ça a duré 2 ans… Pas de boulot (trop diplômée, pas assez…), pas de mec, aucune envie d’aller de l’avant, j’avais encore quelques potes mais finalement je me suis lassée des sorties au pub, plus d’argent non plus pour me permettre de les suivre. Je me suis mise à me lasser de moi-même.

J’aimerais tant que les gens cessent de croire que la vie est belle pour les autres, je finis quelquefois par me dire « mais les gens sont pas heureux, pourquoi je me persuade du contraire ? » Peut-être pour me rassurer, parce que si les autres peuvent être heureux, je peux aussi l’être… Et puis, peut-on vivre sans espoir ?

Au final, je ne me laisse plus prendre par mes songes, je continue à rêver que mes dents tombent, que je tombe dans le vide, que je suis pourchassée par un alien, que je gagne à Euromillions mais quand je me réveille, je ne pense plus « oh la vache, ça aurait pu être vrai Oo » en prenant une pantoufle comme massue pour tuer l’hypothétique alien planqué au-dessus de la penderie, je hausse les épaules et je me dis que demain je ferais exactement les mêmes et que ça continuera jusqu’à ma fin. Je ne vis pas sans espoir, je ne vis pas sans foi, je vis seulement sans rêves.

(52 commentaires)

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    • Wren_2031 on 5 juillet 2009 at 19:25
    • Répondre

    Haha … C’est marrant la dernière fois que j’ai eu des pensées dans le genre de ton article j’ai fait une tentative de suicide. ^^
    Sérieusement tu devrais pas post des trucs déprimants comme ça, de là à ce qu’il y ait une horde d’émo qui tombent sur ton blog et tu feras péter les statistiques de jettage du haut dla tour Eiffel , pire qu’au Japon :p

    Non plus sérieusement jregardais des loldogs tranquille et chui tombé sur ce post et j’ai halluciné… Jlaurais lu plus tôt ça aurait surement été cathartique tellement c’est un pur concentré de « blues » et de dépression incoercible.
    J’avais l’impression de lire un synthèse de ma propre expérience ; le « choc » avec le mur de la vie adulte a été relativement violent pour moi aussi ^^ d’autant qu’à l’époque j’étais un petit con du genre a rire crassement du malheur des autres (que je provoquais la plupart du temps -dedieu chui fourbe !- ).
    Se rendre compte que le système de valeur très idéalisé que l’on s’est fait (et qu’on applique partout : l’ado ou le « pré-adulte » qui pense tout savoir..) n’est en fait qu’une vaste illusion est assez dur , d’autant qu’on a autant de mal à accepter qu’il est illusoire qu’un alcoolique a du mal à accepter qu’il est ivre ou un cocaïnomane qu’il est addict….
    M’enfin… je remue la même « boue » que les précédentes réponses… Mais le mode 3615 malaïfe (onanisme de l’égo powaaaa) est fort agréable cependant je ne m’en prive donc pas : ]

    Allé jretourne à mes toutous moi… ouh qu’il est migon… ouh le gros brackmar …huhuhu vas-y chope le poneyz, vas y ! vouiiiii….

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