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Lyrya en immersion : j’ai passé le CAP Pâtisserie

Voilà pourquoi vous avez tous cru que j’étais morte, partie en congé sabbatique, plongée dans un coma artificiel dans l’attente d’une greffe de cerveau, baignée dans un bain cryogénique en attendant l’arrivée des Grands Pourfendeurs du Ciel de la Nuit (GLOIRE A EUX) ou pire, que j’avais lâché l’affaire en ce qui concerne ce blog.

Je pourrais vous mentir, je pourrais vous dire que vous avez tous faux, mais il existe une petite part de réalité dans tous vos messages de haine : quand vous tenez un blog qui n’a aucune ligne éditoriale et qui permet d’écrire un peu ce qu’on veut, il arrive un jour où la motivation n’est juste plus là, j’ai plein de trucs à raconter, je passe des soirées mémorables à dire de la merde mais généralement c’est l’Heureux Élu qui y a droit. Et je vous assure que ce n’est pas une position enviable.

Même avec des centres d’intérêts nombreux et des sujets à plus savoir où les mettre, écrire prend du temps. Pour vous expliquer comment j’écris, il faut partir du moment où j’ai un éclair de génie qui me donne un sujet de ouf (oui oui la gastro vient d’un éclair de génie) et de là j’écris généralement d’une traite pendant une heure ou deux selon les distractions présentes dans la pièce (homme nu sortant de la douche, chat faisant le mignon, sortie du nouveau GoT, mouche qui vole…). Je passe outre les màj WP à faire puisque j’écris une fois tous les six mois.

Bon, ça c’est l’excuse numéro 1. Oui, j’en ai une deuxième, celle qui vient du titre. Avouez que celle-là je peux difficilement faire mieux niveau time consuming. Et puis comme on est chez moi, mettez vos tongs, branchez le ventilo et préparez-vous un bon verre de glaçons aromatisés Coca, j’vais vous raconter mon année.

Nan mais t’es sérieuse ? Un CAP Pât ?

Oui. Ma mère a eu la même réaction, les yeux exorbités en bonus. Faut avouer que ma vie professionnelle/étudiante, lui a filé des cheveux blancs. Je voulais être astrophysicienne ou paléontologue grâce aux encyclopédies jeunesses qu’elle m’offrait étant petite et voilà qu’en seconde, je passe de première de la classe en math à « Y ? Euh bah c’est l’avant-dernière lettre de l’alphabet ? » , mes espoirs et les siens sont légèrement partis en fumée du coup… Mes années lycée furent quand même les plus belles de ma vie étudiante, insouciance, légèreté, les potes, les fraiches soirées de juin… J’avoue que j’envie les lycéens parfois. J’ai surtout envié mes copines à l’époque, elles, elles savaient ce qu’elles allaient faire après le bac, l’une est avocate, l’autre prof, d’autres ont eu les couilles d’aller en prépa… Et moi, à un mois du bac, je savais toujours pas. Mes rêves étouffés en seconde n’avaient pas fait naitre d’autres vocations et je n’avais ni envie, ni passion. Alors sur le conseil d’un conseiller d’orientation, à qui j’ai fait la connerie de dire que la publicité était sympa, me voilà propulsée en BTS Communication des Entreprises, à mille lieues de ce que je pensais faire réellement, entourée de gros cons qui se pensaient supérieurs et de garces qui m’ont appris la vie à coup de « t’es qu’une merde, dégage bouffonne ! » , disons qu’à partir de ce moment-là, ça a dérapé légèrement.

J’ai fini avec une dépression en plein milieu de ma première année, mais ma mère a eu les mots qui font mal « tu m’as soulée pour faire un bac L, tu as voulu faire un BTS, tu vas me faire le plaisir de le finir ! » . Oui bon sur le coup, j’ai pas tilté que c’était pour mon bien hein, j’aurais préféré un bon « non mais arrête si ça te ruine comme ça ma chérie ! » mais avec mes 7 ans de recul maintenant, elle avait putain de raison. Ça m’a forgé un caractère, plus question qu’une petite blonde merdique vienne me marcher sur les pieds, je n’aime pas ce que je fais mais j’ai pas grand chose à perdre à continuer jusqu’au bout, j’aurais toujours un bagage, un vécu, une histoire à raconter. Voilà le pourquoi du CAP. J’ai eu une envie, la possibilité de faire une formation, il ne fallait pas passer à coté. Et même si le résultat n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais, je ressors de là avec des souvenirs et une inspiration nouvelle.

Euh… ça répond pas à ma question -.-

Je vous mets dans l’ambiance les mecs là roh >< Il y a un an et demi, j’ai eu une présence d’esprit, ça m’arrive rarement alors je l’ai écouté, elle me disait « tiens, t’aime bien faire de la pâtisserie à la maison et tu passes tes nuits blanches à mater des centaines de vidéo sur le sujet, ça te dirait pas de bosser là-dedans ? » Oui, c’est léger comme motivation mais quand on sait que j’ai passé 7 ans à chercher une once de passion dans quelque chose, ça m’a fait un choc de me rendre compte qu’il y avait effectivement un truc que j’aimais bien faire. S’en suivirent des mois à chercher un centre de formation pour adultes, aidée par nulle autre que moi-même, le Pôle Emploi étant, comme toujours, à la ramasse totale. Gloire à la Chambre des Métiers de Lille qui m’a ouvert les bras et m’a enfin permis d’aller au bout de ma présence d’esprit.

Enfin. J’avais une formation. A 200km de là où j’habitais mais qu’importe. J’ai pris l’Éphèbe et le chat sous le bras, direction Tourcoing. Je vous fais rêver là hein x) ? Passons les emmerdes pas possibles pour déménager et trouver un appart potable, sachant qu’on avait pas un sou en poche, on est des putains de héros. Passons outre ma convocation pour commencer les cours qui est arrivée un mois en retard parce que le mec qui s’en charge en avait rien à foutre. Du coup mon arrivée en plein cours de pratique fut triomphale, sans vêtements adaptés et sans aucun outil. La première journée, elle a été longue.

Heureusement, je n’étais pas la seule pomme à me présenter comme une fleur, sapée à fond pour faire bonne impression, ma tendre Cthulhu (elle se reconnaitra :3), future ivresse de mes nuits, était comme moi, perdue, à se demander pourquoi on avait pas été prévenus que le premier cours auquel on assisterait serait le plus gros, celui où tu mets les mains dans le cambouis. Les autres avaient déjà eu le temps de s’acheter l’équipement adéquate, avaient déjà eu des cours de pratique avant où ils avaient commencé en douceur, là où nous on a eu droit au toucher rectal sans vaseline.

Je dois une fière chandelle à mon co-pilote de ce jour-là, sans lui, l’Homme n’aurait jamais pu se goinfrer de tartes à mon retour à la maison. 7 heures debout, à courir comme une poule sans tête, avec un prof au charisme flamboyant qui pourrait vous électrocuter avec juste un effleurement si jamais vous vous loupez. La première journée, vous mets dans le bain et c’est à se demander « putain mais… JE FOUS QUOI LA O_O ??! »

Le pâtissier en chie, enfin surtout moi

Comme je suis toujours la poissarde exquise que vous avez toujours connu, mes outils sont arrivés un mois après, mes fringues ne sont jamais arrivées et j’ai du claquer la CB pour une tenue plus chère, deux mois après… Les premiers cours en charlotte en plastique sur les cheveux, les capotes bleues au pied et un tablier en plastique moisi furent intenses, d’autant plus que je suis passée d’une vie à rester le cul sur une chaise à être constamment debout en courant pour sortir les trucs du four à l’autre bout du labo. J’ai eu du mal à rentrer chez moi, le bus bondé avec les 5kg de matos, remonter la rue en pente alors que j’aurais préféré me laisser crever dans le caniveau plutôt que de faire 1m de plus. Je voyais tous mes collègues s’en sortir parfaitement, revenir chaque lundi encore plus enthousiastes que la semaine précédente, parler de pâtisseries faites le weekend qui ont ravi toute la famille.

Un certain malaise a grandi en moi. J’avais les idées, j’avais la motivation pour tenter des tas de trucs mais le CAP à la française et l’exigence qu’elle requiert durant son apprentissage ne vous permet ça qu’à la maison, vous laissant avec les seuls applaudissements de votre aimé que vous trouvez peu objectif une fois la peau du ventre tendue par les 25 cookies qu’il vient d’engloutir. Mais les idées se freinent vite à la taille de votre cuisine et dans ce domaine, la mienne fait la taille du four que l’on a en cours… Autrement dit, j’ai vite abandonné l’idée de m’entrainer à la maison. Tandis que sur Facebook s’étalent les merveilles de mes copines qui me font faire la moue et grandir le malaise.

Je m’étais dit que mon stage en entreprise allait me permettre de pratiquer plus et de pouvoir travailler plus vite et mieux en cours. Bah putain, si quelqu’un a eu plus tort que moi dans l’Histoire, faites-moi signe >< Mon patron est quelqu’un de super, un mec sympathique, qui n’a pas rechigné à me prendre avec lui là où je m’attendais à me battre pour trouver une place quelque part. Mais il a beau être un homme génial, j’ai eu la sensation de ne pas être à ma place. Me taper une heure de voiture à 4h30 du matin en plein hiver, pas de souci. Rester debout sans aucune pause pour mettre son cul sur une chaise, nickel. Mais éplucher des pommes pendant 2h et faire des flocons de neige en chocolat modelable pendant 5h, j’étais déçue. Déçue mais je ne me sentais pas la force de dire quoi que ce soit, j’aurais effectivement pu lui demander de me faire faire quelque chose de plus consistant mais je restais dans mon optique du « Il te jauge, quand il saura de quoi tu es capable, il te laissera faire. Regarde les copines, elles aussi en sont passées par là avant qu’on leur confie des vrais tâches » . J’ai atteint le fond du panier à salade quand je me suis rendue compte que la majeure partie de mon temps était dévolue à faire les sandwichs et les petits-fours pour la partie traiteur de sa pâtisserie. Tout en me faisant engueuler par le boulanger qui était en charge de cette partie de la production, sur des sujets fallacieux ou des trucs dont j’étais pas du tout fautive. Vous aimez les exemples alors en voici un : l’entremétier (le gars en charge des entremets, des beaux gâteaux si vous préférez) fut chargé un jour par le patron de refaire des petits fours en vitesse, le boulanger ayant déjà fini sa journée. Il s’est attelé à sa tâche, a tout rangé dans la chambre froide et on a tous fini la journée normalement. Sauf que le lendemain, le boulanger et moi on se remets à faire les fameux amuse-gueules et il ne trouve pas la salade que j’avais effectivement rangé moi-même la veille mais que l’entremétier avait utilisé juste après. Voilà donc ce brave boulanger en train de se plaindre au patron que je suis une incompétente, pas foutue de bosser correctement et que si je pouvais dégager et me faire remplacer par quelqu’un d’autre ça serait mieux (je suis à 2m, j’avoue l’honnêteté du gars pour ne pas parler sur mon dos puisqu’il me voit très bien). Le patron n’a pas le temps de répondre puisque l’entremétier arrive à ce moment-là, explique qu’il a remis la salade à tel endroit et s’excuse gentiment. Vous pensez que j’ai eu droit à des excuses moi ? LOL. Le boulanger a grogné dans sa moustache en engueulant son collègue et on s’est remis à bosser comme si de rien n’était.

Ça vous fait certainement sourire ou bailler d’ennui mais à vivre tous les jours, c’est rarement facile. Je vais même vous inclure ici que durant le début de mon stage, le boulanger et moi on était copains comme cochons et que je n’ai toujours pas compris le revirement de situation, même si un jour un autre pâtissier m’a confié : « non mais t’inquiète, il a ses jours parfois » . Merci ça me rassure. Finalement, durant mon bref séjour chez eux, j’aurais fourré des macarons avec des ganaches que l’apprenti boulanger préparait (je suis en formation pâtisserie si ça peut vous aiguiller hein…), fait des sandwich, attendu sagement que le boulanger en chef se calme un peu pour aller pleurer dans le vestiaire en faisant semblant de boire de l’eau et j’aurais eu la chance de faire une préparation à crêpes que j’ai raté à cause du stress et une préparation pour fourrer les gaufres. Je ne dois mon salut qu’à des connards qui ont fracturé ma bagnole la rendant totalement inutilisable et bonne pour la casse (non j’ai pas 1500 euros pour la réparer), m’obligeant à dire au revoir à mon entreprise (qui était à 40 bornes et à laquelle je devais pointer à 6h du mat, la SNCF est pas réveillée à cette heure).

Je vous félicite si vous avez réussi à tenir jusqu’ici ! Vous verrez, ça s’arrange après :)

Le plus dur reste à venir

Bon d’accord j’ai menti. Ça a été la merde encore après. Plus d’entreprise, pas la place à la maison pour s’entrainer, j’ai enchainé les cours de pratique à en chier comme pas permis, en regardant mes pâtisseries à la fin de la journée en me demandant par quel miracle elles avaient atterri là. Le mois de janvier a été terrible. Je revenais de stage totalement démoralisée, mon Homme ne savait plus sur quel pied danser quand je me mettais à pleurer bêtement, assise par terre appuyée contre le frigo. Tous les deux jours j’entrais en rage en affirmant haut et fort que j’arrêtais tout. Et Dieu que je le pensais. J’aurais tout fait pour que tout s’arrête, une aide divine, un mec en bagnole qui me renverse et me casse un bras, une mauvaise chute dans les escaliers me mettant la jambe dans le plâtre. TOUT. J’étais épuisée, démotivée, démoralisée et à voir mes potes être heureux d’être là, j’ai cru devenir folle.

Je n’ai pas parlé de ça à ma mère, vous aurez compris pourquoi. Je me suis donc rabattue sur mon Cher et Tendre, pensant y trouver l’écoute et la chaleur dont j’avais tant besoin. LOL. Il a eu la réaction de ma mère : finis ce que tu as commencé, un point c’est tout. Je l’aurais haï des milliers de fois pour m’avoir dit ça si je ne l’engueulais pas en hurlant : bien sur que je vais finir ! il est là le souci ! j’en ai marre, je préférerais ramasser les poubelles plutôt que de continuer, j’ai mal partout, on ne me donne aucune reconnaissance, j’existe juste pour mettre de la salade dans des pan bagna, je me hais, je hais ce que je fais, je veux arrêter ET POURTANT JE VAIS CONTINUER ! il est là mon problème, je suis tiraillée par ma propre expérience, mon propre vécu, je devrais arrêter pour ma santé mentale et pourtant ma rage va me pousser à y aller.

Conne ? Non, battante. Aujourd’hui, je sais que je ne travaillerai pas dans le milieu de la pâtisserie, c’est un métier magnifique mais trop éprouvant pour moi et je laisse mes copines de formation faire de leur passion un métier, chez qui j’irais développer mon gras ;) Petit aparté dans le récit, je suis consciente d’avoir passé un an de ma vie à faire quelque chose qui ne me servira pas à trouver un boulot, j’ai perdu un an dans le fond, mais bon sang, j’ai aimé ce que j’ai fait, j’ai aimé me battre contre moi-même, trouver les restes de ma force dans les tréfonds de mon corps pour aller plus loin. Sur le coup j’aurais préféré mourir plutôt que de remettre mes chaussures de sécurité et rentrer en labo, aujourd’hui je me dis « putain, t’as des couilles ma grande ! »

Le jour J

Le jour J. L’examen de pratique. 7h d’examen, 4 pâtisseries à préparer de A à Z, un jury qui flique tout ce que vous faites et note chacun des gestes techniques quand vous préparez votre crème anglaise. Mon examen blanc s’était bien passé, j’ai même esquissée une danse mentale à faire frémir Kamel Ouali quand je me suis rendue compte que j’étais 3ème de ma classe, je ne sais pas par quelle singularité astronomique cela a pu se produire mais je me suis sentie récompensée pour mes efforts, j’étais extatique. Mais c’était mon CAP blanc.

Il y a trois semaines j’ai passé le vrai CAP. Celui qui vous tort le ventre un peu plus, celui qui va vous permettre d’obtenir le sésame, celui qui vous fait faire pipi dans votre culotte. J’étais au max de ma préparation mentale, j’avais passé la semaine précédente à apprendre par cœur mes recettes, j’étais préparée of doom.

Vous le sentez venir hein ? Oui, vous le voyez se profiler à l’horizon, se matérialiser petit à petit sur votre écran d’ordinateur, vous le connaissez bien maintenant, il fait un peu partie de ma vie et puis La Poisse étant mon nom de scène, il était logique qu’il vienne faire coucou. Vous aurez reconnu le : MAIS !

Je ne pouvais pas passer mon examen tranquillement, de façon sereine avec toutes les chances de mon coté, vu l’année pourrie que j’ai vécu sur le plan pâtissier, c’était normal qu’il m’arrive une couille monumentale la veille :’) Et là, je dois dire que je m’attendais à tout, une petite gastro liquide, un rhume glaireux, une grève des transports en commun, une météorite impromptue. Non, j’ai fait mieux. J’ai fait plus fort, plus haut, plus glorieux, plus subtil : j’ai fait une poussée de dent de sagesse. Mais pas la petite qui se soigne à coup de doliprane, noooooooooooooooooooon, une énorme. La nuit de dimanche à lundi fut tellement horrible qu’au réveil j’ai demandé à mon Homme de m’arracher la dent avec la pince monseigneur du placard. Ce salaud n’a pas voulu, m’arguant d’aller voir un dentiste. LÂCHEUR ! TRAITRE ! J’ai donc passé ma journée de lundi à courir partout, à me faire refouler par les dentistes parce que « ça ne se fait pas comme ça madame, il faut prendre rendez-vous avec un stomatologue » et j’ai eu mon rendez-vous, qui est dans 3 jours \o/ Je me suis donc fait prescrire des dafalgan qui ne soulageaint rien et en prime tiens vous me prendrez ces antibio parce que ma ptite dame vous faites une infection là ! BAH OUI HEIN ! POURQUOI PAS ?????? Pour les ignares, sachez qu’un accouchement sans péridurale est moins douloureux. Et mon seuil de tolérance à la douleur s’arrête à un bleu sur le genou, au delà je préfère m’évanouir histoire de pas gâcher l’ambiance.

Passer un examen avec la gueule de Tic et Tac, ça le fait moyen. Ça le fait encore moins quand vous vous rendez compte que votre pharmacie ambulante comprend des médocs qui font somnoler mais que vous êtes obligé de prendre. Et puis on va vous mettre votre prof de pratique qui vous regarde avec son regard rieur comme lui seul sait faire et qui répond à votre question « c’est possible de prendre mes médocs pendant l’exam ? » par un très joli : « ooh bah oui mais moi j’aime bien les hamster :D » Mais ;_;

Et c’était parti, j’avais une vingtaine de brioches à faire, un Bavarois à la vanille-framboise, 20 religieuses à la vanille et une tarte pistache-fraise, le tout sur le thème du mariage. FACILE. EASY. TRANQUILLE MAMIE. J’aurais pu dire ça si j’avais pas eu la gueule dans le cul à cause des pilules (de la taille d’une pomme de terre, merci les fabricants de nous faciliter la vie avec les petites raies pour casser les trucs en deux QUI NE MARCHENT JAMAIS). Au lieu de ça, le peu de concentration que j’ai réussi à réunir est passée dans la rédaction de mon organigramme (plan de route pour délimiter les temps de préparation des différentes opérations dans la réalisation des pâtisseries, si vous préférez) et je suis passée en mode craquage le reste de la journée.

On vous prévient avant, même si ça parait logique, de prendre un bon petit déjeuner, parce que le temps de pause pour aller bouffer à midi n’est là que pour faire beau sur le papier, en temps réel, cette demi heure fictive revient à vous sauver les miches quand vous faites de la merde (ce ne fut pas mon cas). Mais, vous savez déjà ce qu’il va suivre parce que vous êtes attentifs. Comment voulez-vous bouffer alors que votre bouche ne peut s’ouvrir que d’un millimètre à cause de la dent de sagesse qui pousse à 90°, vous laissant à peine votre capacité à communiquer avec autrui ? Voilà voilà :D J’avais à peine un Prince de Lu avec deux gorgées de lait dans l’estomac et j’ai tenu 7h avec. Je dis R-E-S-P-E-C-T. Et, j’aurais pu chourer un truc dans ce que je préparais pour dire de tenir si c’était pas interdit, donc va te foutre toi et ton hypoglycémie \o/

La matinée, j’ai géré. Mon plan de travail était nickel, j’aurais pu manger dessus si j’avais pu. Même ma nemesis, la pâte à choux, fut une réussite totale, si on omet le dressage foireux des choux (pas de la même taille, trop petits et trop gros, du coup j’avais pas le bon compte au final). Je vous passe les détails parce que vous vous en foutez certainement de comment on fait une pâte à brioche. Mais vers midi, ça s’est emballé sévèrement. Je sais pas si c’est dû au fait que j’ai demandé à passer mes deux pauses de questions orales à la suite ou si j’ai galéré à me souvenir qu’on fait pas cuire une crème anglaise au point que ça fasse de la purée, mais toujours est-il que 2h avant la fin du temps imparti, j’étais loiiiiiiiiiiiiiiiiiiin dans l’espace-temps-interdimensionnel et les conséquences furent aussi fâcheuses que lamentables.

H-1 avant la fin. Je dois finir mon gâteau, décorer ma tarte, garnir et glacer mes choux, faire cuire mes brioches et penser à m’évanouir à un moment de libre. Disons tout fut fait sauf les choux. Je te les ai fourré façon Flash Gordon mais j’ai abandonné toute idée de mettre le fondant dessus quand j’ai remarqué qu’il restait 10 minutes et que mon gâteau n’était pas décoré. La vie vous donne des choix à faire, dans ce cas, j’encule les choux. Mais vraiment. Si un jour dans votre vie, vous avez la possibilité de glacer des éclairs ou des religieuses, vous comprendrez la merde infâme que cela peut devenir. La déco de mon gâteau me paraissait magnifaïque jusqu’à ce que, au moment où l’on nous dit que c’est terminé, un membre du jury ne fasse une remarque à sa collègue concernant mon écriture en chocolat : « Ah bah ça, en début d’année, c’est ce qu’on demande ! » Là vous êtes sûrs que c’est mort, cherchez plus, allez pleurer un coup dans les vestiaires ça vous fera du bien va !

Votre journée s’achève. Votre dent continue de se refaire l’intégrale Flashdance dans votre gencive. Vous pouvez maintenant vous préoccuper des écrits qu’il reste à faire la semaine d’après. Sur ce point précis, je ne vais pas m’étaler, c’est du technique et de l’éco d’entreprise, c’est pas le bout du monde, j’me suis merdée sur quelques questions, genre normal. Bref, si je dois m’inquiéter au niveau de mes notes c’est vraiment concernant la pratique pure et dure. Une chienlit, une journée interminable que j’aurais pu masteriser si cette putasse de dent avait décidé de faire la mariole un autre jour. Alea jacta est comme dirait ma Poulpette préférée, rendez-vous le 4 juillet pour savoir si oui ou non je mérite de me faire appeler Pâtissière.

Les grandes leçons de vie

Je vous parlais un peu plus tôt de ma très grande propension à vouloir tout arrêter du jour au lendemain alors qu’au final j’vais me casser le cul à finir, cette année est le summum de cette facette de ma personnalité. Certes j’ai laissé mon blog partir à vau-l’eau sans jamais y revenir avec la volonté ferme de continuer mes conneries. Mais comprenons-nous bien, il y a des domaines dans lequel on peut laisser tomber. Les régime par exemple, suffit de se dire que les meufs minces sont des sacs d’os et que quitte à mourir un jour, autant pas se priver de vivre bordel de merde.

Pour mon CAP, vu l’état nerveux dans lequel j’errais en début d’année, j’aurais pu arrêter sans que quiconque ne m’en tienne rigueur, si on est pas fait pour un truc et que ça prend le pas sur tout le reste sans résultat probant, ça se comprend. D’ailleurs certains ont quitté la formation en cours d’année, pour diverses raisons et jamais on est venu les faire chier pour ça. J’aimerais comprendre pourquoi j’ai persévéré dans cette voie alors que maintenant il est clair que je ne bosserai pas dans cette branche et que toutes mes compétences serviront pour engraisser mon Chouchou-Beignet (voir les potes si vraiment ils sont sages). Je ne saurais jamais je crois. Je viens de passer un CAP dont je n’ai strictement rien à faire et qui ne me servira pas dans mes recherches d’emploi, j’ai encore perdu un an de ma vie, j’aurais pu faire tellement de trucs durant ce temps !

J’aurais pu oui, mais j’aurais fait quoi au juste ? Le gros souci dans mon cas, c’est mon manque total de passion réelle qui puisse se traduire par un quelconque métier, je n’avais pas les compétences pour arriver à trouver un taf raisonnable donc je me suis lancée dans la formation pour acquérir ce vide administratif mais aujourd’hui je repars à nouveau sur ce terrain du CV qui ne mène à rien. Je vais de nouveau chercher un boulot alimentaire déprimant et passer finalement le reste de ma vie à perdre mon temps… Philosophiquement, c’est à vous donner le tournis.

Humainement par contre, je suis comblée. J’ai rencontré des filles géniales, j’adorais aller en cours parce que ça annonçait une partie de conneries pendant les leçons de bio. J’avais pas ressenti ça depuis le lycée pour tout dire. J’oublie toutes les emmerdes de l’année et mes décisions spontanées d’abandonner quand je repense au bonheur que ces connasses m’ont apporté ;) Merci les choupettes, mais j’attends toujours ma soirée aux chandelles avec ma Cthulhu et le brunch chez Azatoth x)

Dans le fond, j’suis allée au bout d’un mini-rêve, en me rendant compte sur le chemin que c’était pas fait pour moi, mais la satisfaction d’avoir été au bout rend tout ça gratifiant. J’vous conseille de faire de même, ça finira par vous faire déprimer de vous rendre compte que c’était pas ce à quoi vous espériez mais c’est une aventure qui donne des souvenirs merveilleux.

(8 commentaires)

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  1. azatoth

    Le brunch c’est promis! Tu l’as ss les yeux
    ton truc a toi… C’est ecrire petasse!
    J’ai adore te lire ma belle! U ‘ve got a gift bitch

    1. Lyrya

      J’voudrais bien en faire ma vie, si ça payait assez et si j’avais l’opportunité pour, malheureusement, c’est pas gagné là x)
      J’attends le carton d’invit pour le brunch, je suis très exigeante, j’vais te souler :D

  2. Meta

    J’ai une superbe idée. Dans les articles scientifiques, au tout début, se trouve un abstract faisant en gros un paragraphe pour résumer tout le contenu. Pour éviter de mourir de vieillesse en lisant, je pense que ça serait une bonne chose :3
    Au passage, t’imaginer avec un visage de Tic et Tac, dans mon cas, c’est très perturbant o_o

    1. Lyrya

      Je n’ai qu’un mot à dire : cet email est chatoyant.

  3. Cthulhu

    C’est tellement bon tout ça! J’ai eu la larme à l’oeil en me voyant citée dans le texte, comme si ça avait été écrit par Victor Hugo mdr
    Je t’aime

    1. Lyrya

      Je sais que tu me veux le boule depuis un certain temps déjà, arrête les flatteries, tu sais qu’il est déjà tout à toi <3

  4. fromton

    Fé-li-ci-ta-tions !
    (et vive les RSS qui m’avertissent de tes billets :) )

    juste un mot : t’as pas de passion ? tu as besoin d’un boulot ? t’as deux neurones ? fait de l’informatique ! :)

    sans rire, tu crois quoi : que tous les gens de la terre ont un boulot passionnant ? qu’ils sont pressés de se lever le matin pour aller taffer ? Non. On a la chance de ne plus devoir aller à la mine pour gagner sa croûte, c’est déjà bien, mais à part ça … un boulot c’est jamais qu’un gagne pain. Le reste (la reconnaissance, les remerciements, tout ça …), c’est ce qu’on te donne en prime pour te faire accepter de pas être mieux payée. Point. Barre. Period. Et tous les autres signes de ponctuation que tu veux !

    Doit bien y avoir 1% de la population « à vocation », m’enfin à tout casser.
    (je te parle même pas des vétérinaires qui font ce métier … juste parce qu’ils étaient assez bons en maths pour réussir le concours, et avec en tête un plan de carrière qui rapporte du fric. Des animaux ? ah, ouais, tant pis on fera avec. Vécu inside).

    Alors je te dis pas de foncer sur le premier boulot venu (si tant est qu’un boulot « vienne », ça se saurait).

    Mais par contre ne te lamente pas sur ton manque de « passion monétisable ». Tu fais preuve d’une incroyable opinîatreté (-itude ? itation ? bref), c’est une qualité ENORME que j’aimerais beaucoup retrouver chez l’un ou l’autre de mes collègues ça me ferait des vacances.

    A toi de présenter ton CV à ton avantage : non pas comme un truc décousu, mais comme la preuve de force de caractère qu’il est. Bon pour ça faut déjà arriver en entretien hein …

    c’est sûr que bon… faut passer la barrière des RH qui captent rien aux profiles qui sortent des cases. … si ça peut te réconforter moi des profils comme toi je signe de suite pour une période d’essai – sur un boulot d’informatique chiante, à faire du test, des trucs casse pieds, mais faut bien le faire. (qui a dit que ma boîte était en plein plan social.. ouais, bon, la crise, tout ça … )

    Courage !!

  5. TiTeLLe

    Arrête de chercher, tu peux pas avoir un autre don (ce serait d’ailleurs injuste pour les autres que tu en ais deux, bi-classé c’est cheaté ;)), tu excelles vraiment dans l’art de l’écriture !
    Et comme ton Cher-et-tendre-Heureux-élu excelle dans le dessin, vous étiez fait pour vous rencontrer et faire un petit… blog graphique ensemble ;)
    Allez, s’il vous plaît (yeux de chat potté), msieur dame les artistes, mettez votre énergie à un projet commun, on est persuadé depuis longtemps que ce serait de la bombe et on en parlerait beaucoup et vous seriez invités au festiblog et vous imprimerez des livres après, si si ça peut marcher, oui bon en parallèle d’un job alimentaire (mais non moins déméritant) bien-sûr, mais CA PEUT MARCHER !

    En tout cas, on est content d’avoir pu te relire enfin et d’avoir de vos nouvelles du coup (l’a du grossir un peu le msieur wow avec tout ça ;))

    Et derrière moi, le msieur zea dit qu’il a du mal à croire que le msieur wow t’ait dit de « finir ce que tu as commencé, un point c’est tout »… L’hôpital, la charité, la mémé, les orties, tout ça… Il comprendra ^^

    Des bisous tout plein (K) (L)

  1. Des « vraies » nouvelles enfin ! » Lyrya

    […] « Lyrya en immersion : j’ai passé le CAP Pâtisserie […]

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